Ouganda

 » Bidi Bidi « 

juin 2017

Environ un millier de personnes traversent la frontière entre le Sud Soudan et l'Ouganda chaque jour. Ce pays hôte leur offre une carte d'identité, un lopin de terre et le droit de commercer sur son territoire. 17/05/2017

En cette quatrième et dernière semaine de mai 2017, l’Ouganda vient de voir le cap du million de réfugiés sud-soudanais traverser sa frontière. Ce pays hôte, qui en est à sa quatrième crise migratoire majeure suite aux événements au Congo, Sud Soudan et Rwanda ces dernières années, offre aux réfugiés victimes de conflits une carte d’identité, un lopin de terre de 900 m² et le droit de commercer sur son territoire.

Dans le camp de Koboko, situé dans le district de Yumbe au nord-ouest de l'Ouganda, l’objectif est de dispenser les soins d'urgence, mais aussi de contrôler la provenance des réfugiés. C’est l’emplacement du vaccin qui fait foi : s’il se trouve sur l’épaule, les personnes proviennent du Sud Soudan ; sur l’avant-bras, elles sont originaires de République Démocratique du Congo; au niveau du biceps, on sait qu’elles sont nées en Ouganda.
Lorsque les réfugiés sont reconnus comme originaires du Sud Soudan, les organisations humanitaires leur posent un bracelet : de couleur jaune pour les enfants ayant perdu leurs parents, de couleur blanche pour les personnes malades ou handicapées. Pour tous les autres, ce sera un bracelet bleu.

Cependant face à l’afflux d’environ un millier de personnes par jour, à la sécheresse des derniers mois et au manque de financement, l’Ouganda n’arrive plus à faire face. Un être humain a besoin au minimum de 2100 calories par jour pour survivre, soit 12 kg de nourriture par mois, or les ONG ont été obligées de diviser les rations par 2 et peinent à donner 6 kg de nourriture par personne. De ce fait s’installe un début de malnutrition, voire de famine.

De nombreux réfugiés arrivent en Ouganda en situation de malnutrition ou en état de choc. En effet, avant de pouvoir passer la frontière, ils ont dû se cacher et marcher pendant plusieurs jours dans le bush, en se nourrissant uniquement de racines de plantes. Certains racontent les viols, les massacres ; d’autres encore expliquent qu’ils ont été rackettés en République Démocratique du Congo lorsqu'ils ont tenté de fuir via cette frontière.
Après le camp d’accueil, les réfugiés sont dirigés vers un camp de transition, où ils font l'objet de multiples examens afin d’établir s'ils ne souffrent pas de malnutrition. 19/05/2017
Les médecins prennent en charge les femmes atteintes du SIDA ainsi que les troubles psychologiques liés aux violences commises par les forces gouvernementales ou les forces de l'opposition sur la population civile. Lorsque les réfugiés se retrouvent à Bidi Bidi, ils n'ont aucun accès aux soins d'urgence, l'hôpital le mieux équipé se trouve à 3 heures de pistes.

Les tensions et heurts se multiplient dans le camp de Bidi Bidi. Les 2 tribus principales, les Nuers et les Dinkas, ont été séparées d’une cinquantaine de kilomètres parce qu’elles reproduisent le conflit ethnique de leur pays. Suite aux pénuries, les phénomènes de vols deviennent récurrents, et on observe même un début de prostitution

Les réfugiés sont livrés à eux-mêmes et tout est source d’incident : ici, la personne qui a payé cet homme 1,5€ pour creuser des latrines, trouve que le trou n’est pas assez propre, et une altercation s’ensuit, provocant un attroupement.
Les réfugiés sud-soudanais ne savent pas combien de temps ce conflit va durer, et l’espoir qui les a menés jusqu’en Ouganda s’obscurcit. Sans argent, en manque de nourriture et rattrapés jusque dans les camps par la violence, les réfugiés se demandent s'il vaut mieux mourir de faim ici, en Ouganda, ou de la guerre là-bas, au Soudan du Sud.
Camp de Bidi Bidi : Aujourd'hui, au lieu de 6 kg, ce sera uniquement 4 kg. Les ONG promettent que les 2 kg supplémentaires viendront plus tard mais en vérité, elles n'ont aucune visibilité.
Le 20 février 2017, le Sud Soudan s’est déclaré en état de famine.
Le camp de Bidi Bidi représente une surface de 250 km² pour 272 358 personnes et est divisé en 5 zones. Ouvert au mois de février 2017, il atteint déjà sa capacité maximale. 17/05/2017
Camp de Bidi Bidi, 28/05/2017 : Les nouveaux habitants de Bidi Bidi semblent s'installer pour durer, personne ne sait combien de temps encore durera cette guerre au Sud Soudan.
Camp d’Imvepi. Les réfugiés attendent leur tour afin d’être recensés.
Camp d'Imvepi, les réfugiés devront attendre une dizaine de jours avant de recevoir une carte d'identité de réfugié et de connaitre leur futur lieu d'affectation.

Le camp d’IMVEPI gère 10000 personnes par jour. Un réfugié y reste en moyenne une quinzaine de jours, le temps de réunir les enfants aux familles dont ils avaient été séparés, d’obtenir une carte d’identité de réfugiés, de se faire soigner de manière approfondie et de se voir affecter un morceau de terrain dans un des camps ougandais. Afin de nourrir les seules personnes d’Imvepi, les organisations humanitaires préparent chaque jour 1650 kg de nourriture par repas, des rations essentiellement composées de semoule enrichie en vitamines.