Turquie – Kurdistan

 » Huit heures pour fuir « 

fevrier 2016

On parle déjà de reconstruire le quartier de Sur à l'image de ce qui se fait dans le reste de la Turquie. Une culture, un patrimoine, tout est mis en œuvre pour faire disparaître les symboles et la culture kurdes. La mairie, suite aux expulsions, a préempté l'ensemble des terrains du quartier.

Diyarbakir est l’épicentre du Kurdistan turc, la capitale historique des prétentions autonomistes kurdes. En son cœur, l’antique quartier de Sur est devenu l’emblème de la résistance kurde et par conséquent un lieu à détruire pour les autorités turques. Suite à l’assassinat du célèbre avocat Tahir Elçi, militant actif de la cause kurde, le 29 novembre 2015, des représailles sont lancées contre la police turque faisant 2 morts. Le couvre-feu est aussitôt déclaré annonçant le début de la guérilla urbaine.

Turquie, Diyarbakir, le 03/02/2016 : Les habitants ont 8h pour fuir, au delà ils seront considérés comme faisant partie du PKK (Le Parti des travailleurs du Kurdistan, considéré comme terroriste en Turquie).

De hautes murailles séparent la vieille ville du reste de Diyarbakir. En son sein, les combattants du PKK, disséminés parmi 50 000 civils, s’opposent à  l’armée turque. D’un côté, quelques centaines de fusils et des bombes artisanales, de l’autre, des chars et des bombardements au mortier.

L'armée a placé le drapeau turc sur les remparts de la vieille ville de Dyarbakir. Cette enceinte est considérée comme le berceau du Kurdistan turc.
L'armée turque a donné la journée aux habitants du quartier de Sur pour déguerpir de chez eux. À la nuit tombée, ceux restés sur place seraient considérés comme terroristes et abattus.
Turquie, Diyarbakir, le 03/02/2016 : Les désormais anciens habitants du quartier de Sur utilisent tous les moyens disponibles permettant de franchir les décombres.

Le 3 février 2016, les autorités turques décrètent une journée de trêve. Les habitants ont jusqu’au coucher du soleil pour partir. A défaut, ils seront considérés comme terroristes. Les maisons se vident précipitamment. Désemparés, accablés, les voisins, les amis s’échangent des poignées de main, des accolades mais aussi de l’entraide. Les valises sont faites à la hâte. Ils emportent ce qu’ils peuvent sur des charrettes et empruntent tous les moyens de transport encore susceptibles de traverser le quartier en ruines. Le temps est compté.

Rojin était partie rechercher des vêtements pour sa famille dans sa maison de Sur, elle a été tuée dans son quartier par un sniper. Les mères ont entamé une grève de la faim, espérant pouvoir récupérer les corps des victimes et les enterrer dignement.
Les YPG, Unités de protection du peuple, sont des troupes de défense civile. Composées autant d'hommes que de femmes, elles défendent leur quartier contre l'armée turque.
L'école de Nusaybin, ville située le long de la frontière syrienne, a été bombardée par l'armée turque.
Le camion citerne démarquait l'entrée du quartier dans lequel se sont réfugiés les kurdes voulant le défendre.
La ville de Nusaybin, après les combats entre l'armée turque et les forces de protection civile.

Le quartier de Sur se vide en 8 heures.

Les civils fuyant le quartier de Sur viennent trouver refuge dans les faubourgs de la ville de Diyarbakir, accueillis tant bien que mal par les habitants. Ici, 20 personnes cohabitent dans un appartement de 3 pièces. Par peur des représailles, la propriétaire ne laisse entrer personne.